# Script — John Wayne Gacy : onze jours

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## OUVERTURE IMMERSIVE — 0:00 → 2:32

registre: calm · nostalgic

[calm]Vous avez vingt ans, et vous cherchez du travail. C'est l'hiver 1978, dans la banlieue nord de Chicago. Il fait froid comme il fait froid en Illinois : un froid qui coupe. Quelqu'un vous a parlé d'un entrepreneur du secteur qui embauche.

Vous vous renseignez. Parce qu'on se renseigne, avant d'aller voir un inconnu. Et tout ce que vous trouvez est rassurant. C'est un entrepreneur en bâtiment. Il a une société. Il a des chantiers. Il est capitaine de circonscription pour le parti démocrate. Autrement dit : un homme que le parti au pouvoir a jugé fiable.

registre: confident · calm

Sept mois plus tôt, il serrait la main de l'épouse du président des États-Unis. Il existe une photo. Il porte un costume. Vous demandez aux voisins. C'est ce qu'on fait. Ils vous répondent que c'est un homme qui vous donnerait sa chemise.

Il y a même une autre photo de lui, prise deux ans plus tôt. Il est déguisé en clown. Il anime les fêtes du quartier. Derrière lui, sur la brique, on lit le numéro de sa maison. Huit. Deux. Un. Trois.

temps: 1s

Alors vous y allez. Bien sûr que vous y allez. Vous avez fait ce qu'il fallait faire. Vous avez vérifié. Tout ce qui était vérifiable était vrai.

registre: worried

[soft tone]Il y a une chose, une seule, que vous ne pouvez pas savoir. Elle n'est écrite nulle part où vous puissiez la lire. Elle dort depuis dix ans dans un [[neon-allumage]]tribunal de l'Iowa.
sources: C-003

[emphasis]En 1968, à Waterloo, cet homme a été condamné pour une infraction sexuelle sur un adolescent. Dix ans de prison prononcés.
sources: C-003

temps: 2s

## LA BASCULE — 2:32 → 3:38

registre: determined · confident

[determined]Ce que vous venez d'entendre n'est pas une reconstitution. Aucune de ces phrases n'a été inventée pour vous mettre mal à l'aise. Chacune vient d'une pièce ouverte, lue, et vérifiée deux fois.
sources: C-012

Vous connaissez déjà le nom de cet homme. John Wayne Gacy.

Et vous croyez connaître son histoire. Trente-trois meurtres. Le clown. Le vide sanitaire. C'est ce qu'on vous a raconté mille fois. Ce n'est pas ce que vous allez entendre.

registre: curious · determined

Parce qu'il existe un document que presque personne n'a ouvert. Six volumes. Trois cent soixante-dix pages. Le dossier de la police de Des Plaines. Libéré sur demande d'accès aux documents administratifs, caviardages compris.
sources: C-012

Et ce dossier ne raconte pas trente-trois meurtres. [emphasis]Il raconte onze jours.

temps: 2s

Onze jours entre une disparition et une inculpation. Onze jours pendant lesquels la police savait déjà presque tout. Et n'a pas pu bouger.

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## ACTE I — LE MONDE D'AVANT — 3:38 → 12:10

registre: nostalgic · calm

[nostalgic]Pour comprendre ces onze jours, il faut commencer par une femme qui attend dans une pharmacie.

Le 11 décembre 1978, en début de soirée, à Des Plaines, Illinois. La pharmacie Nisson, mille neuf cent vingt Touhy Avenue. Robert Piest a quinze ans. Il y travaille après les cours. Sa mère est venue le chercher, comme elle vient le chercher d'habitude. Il lui demande d'attendre quelques minutes. Il veut parler à un entrepreneur d'un emploi pour l'été.
sources: C-001

[soft tone]Quelques minutes. C'est tout ce qu'il a [[chaise-raclee]]dit.

temps: 2s

Et c'est ici que ce dossier devient différent de tous les récits que vous connaissez. Parce qu'à partir de maintenant, on a les heures. Pas « ce soir-là ». Pas « dans la nuit ». Les heures, à la [[horloge-tic]]minute.

registre: determined · calm

Vingt-trois heures trente. Elizabeth Piest appelle la police de Des Plaines. Elle signale son fils disparu dans des circonstances inhabituelles. Le communiqué de police écrit exactement ces mots : « under unusual circumstances ».
sources: C-001

Vingt-trois heures cinquante. Le rapport de personne disparue est [[horodateur]]établi. Vingt minutes après l'appel. Vingt. Une heure cinquante-quatre du matin. L'information entre au fichier de l'État. Puis au fichier national.

temps: 2s

Arrêtons-nous là une seconde, parce que ces trois horaires disent quelque chose. En 1978, un adolescent de quinze ans qui ne rentre pas, c'est une fugue. C'est ce que la statistique dit. C'est ce que l'expérience dit. On attend. On rappelle demain. On [[classeur-tiroir]]classe.

[emphasis]Vingt minutes. Quelqu'un, dans ce [[machine-a-ecrire]]commissariat, ce soir-là, a décidé que ce n'était pas une fugue. On ne saura jamais qui, ni pourquoi. Mais toute la suite tient à cette décision de vingt minutes.

registre: empathetic · soft tone

[empathetic]Maintenant, il faut vous parler de Robert Piest autrement que comme d'une disparition.

Quinze ans. Lycéen. Employé de la pharmacie Nisson. Il travaillait après les cours, dans le magasin où sa mère venait le chercher. Il avait une famille : sa mère Elizabeth, son père Harold, son frère Ken. Ils ont suivi le procès entier. Tout le procès. Toutes les audiences.
sources: C-001

temps: 1s

Et le soir du 11 décembre, il ne partait pas à l'aventure. Il partait discuter d'un emploi d'été. À quelques mètres. En laissant sa mère attendre.
sources: C-001

Ce signalement, fait par sa mère une heure après, c'est ce qui ouvre l'enquête. Sans cet appel à vingt-trois heures trente, il n'y a pas de dossier. Pas de fouilles. Pas de procès. [break][[combine-raccroche]]Rien.

registre: calm · determined

Il faut maintenant regarder l'autre côté de la rue. L'homme vers qui l'enquête va se tourner en moins de quarante-huit heures.

Sa maison n'est ni à Chicago, ni à Des Plaines. Huit mille deux cent treize, West Summerdale Avenue. Norwood Park Township. Un secteur non incorporé du comté de [[carte-depliee]]Cook.

Retenez ce détail administratif. Il va coûter du temps. Un secteur non incorporé, ça veut dire : pas de police municipale. La police de Des Plaines n'y est pas chez elle. Pour y opérer, elle devra demander l'assistance du shérif du comté.

registre: determined · confident

Et puis il y a sa position sociale, qui est le vrai sujet de cet acte. Entrepreneur. Employeur. Capitaine de circonscription du parti démocrate. Sept mois avant tout ceci, il serrait la [[flash-presse]]main de l'épouse du président des États-Unis.

Le 22 décembre, une agence de presse ira interroger ses voisins. Ils diront d'un homme qu'ils croyaient connaître : il vous donnerait sa [[porte-perron]]chemise.

C'est de cette position-là que l'enquête doit le déloger. Pas d'un terrier. Pas d'une cavale. D'une respectabilité. [emphasis]Et une respectabilité, ça ne se perquisitionne pas.

Voilà le décor. Une mère qui attend dans une pharmacie. Un commissariat qui décide en vingt minutes que ce n'est pas une fugue. Un homme au-dessus de tout soupçon, dans une commune qui n'en est pas une. À partir de maintenant, chaque jour compte, et chaque jour est daté.

## CTA 1 — 12:10 → 12:28

registre: confident

Un mot avant d'entrer dans les onze jours. Ce que vous venez d'entendre vient de [[page-tournee]]pièces qu'il a fallu demander, attendre, et lire une par une. Si c'est ce genre de travail que vous voulez voir plus souvent, abonnez-vous. On y retourne : jour deux.

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## ACTE II — L'ENGRENAGE — 12:28 → 29:50

registre: determined · calm

Jour deux. 12 décembre 1978. L'enquête apprend une chose banale et décisive. Le magasin où travaillait l'adolescent avait été [[chantier-outil]]rénové. Rénové par un entrepreneur du secteur.

temps: 1s

C'est tout. C'est un fait de chantier. Et c'est ce qui met un nom en face d'une disparition.

registre: determined · confident

[determined]Jour trois. 13 décembre. Et là, l'enquête obtient l'information qui change tout.

La police apprend qu'il a des antécédents d'agressions sexuelles sur des jeunes hommes. Et qu'il a été condamné dans l'Iowa pour une agression sur un adolescent.
sources: C-003

L'arrêt de la Cour suprême de l'Illinois, en 1984, l'écrira en une phrase. Le communiqué de police, dès 1978, donnait déjà l'année : 1968. Et la demande de mandat, que la cour reproduit intégralement, va plus loin. Waterloo, Iowa. 1968. Sodomie. [emphasis]Dix ans [[dossier-pose]]prononcés.
sources: C-003

temps: 2s

registre: uncertain · calm

Il faut ici que je sois précis, parce que c'est la règle de cette chaîne. Ce qui est établi par deux sources indépendantes, c'est que l'enquête avait cette information. Dès ses premiers jours. Pas la condamnation elle-même : aucune pièce de l'Iowa n'a été ouverte pour ce dossier. Elle est rapportée. Elle n'est pas vérifiée à la source.
sources: C-003

C'est une distinction que la plupart des récits font disparaître. Elle change pourtant ce qu'on a le droit d'affirmer.
sources: C-003

Mais gardez le fait principal en tête, parce qu'il est énorme. Jour trois. [emphasis]Au troisième jour, la police de Des Plaines sait à qui elle a affaire.

registre: determined

Le même jour, 13 décembre, un premier mandat de perquisition est délivré. Les policiers [[porte-ouverte]]entrent dans la maison de Norwood Park.

Ils saisissent deux objets. Deux. Un [[sachet-scelle]]reçu de développement photo au nom de la pharmacie Nisson. Ce reçu était en possession de Robert Piest le soir de sa disparition.

Et une [[bague-pose-metal]]bague de lycée.

temps: 2s

La bague n'est pas celle de Robert Piest. Elle appartient à un autre garçon. John Szyc. Porté disparu, lui aussi. Avant décembre 1978.

Dans la même maison, il y a aussi un poste de télévision. Il vient de l'appartement de John Szyc.

Vous voyez ce qui vient de se produire. Une enquête sur une disparition vient d'en toucher une autre. Ce n'est plus un adolescent. [emphasis]C'est une série.

temps: 2s

registre: resigned · frustrated

[resigned]Et pourtant, il ne se passe rien.

Il faut comprendre ce blocage, parce que c'est le cœur de l'affaire. Un reçu, une bague, un antécédent : c'est un faisceau. Ce n'est pas une preuve de meurtre. Il n'y a pas de corps. Il n'y a même pas la certitude qu'un crime a été commis.

Alors la police fait la seule chose qui lui reste. Elle le [[voiture-ralenti]]suit.

temps: 2s

registre: worried · nervous

Une surveillance continue, jour et nuit, pendant l'essentiel de cette période. La phrase est de la police elle-même, dans son communiqué.
sources: C-008

Et là, il faut que je vous montre une page. La deuxième page de ce communiqué est presque vide. Six lignes de texte en haut. Et en dessous, un grand bloc [[papier-froisse]]noir. Un caviardage qui occupe tout le bas.
sources: C-008

On ne saura pas ce qu'il y avait là. Ce qu'on sait, c'est que la police a jugé bon de le retirer avant publication.

Et cette phrase sur la surveillance, il faut la peser. C'est la police qui décrit sa propre méthode, dans un document destiné à la presse. Une partie qui se raconte elle-même. Personne d'autre ne le confirme. Le dossier le range donc pour ce que c'est, et pas plus haut.

Cette surveillance a produit deux effets. Deux, et ils sont opposés.

temps: 1s

registre: determined · surprised

Le premier est un coup de force juridique. Le 19 décembre 1978, l'homme surveillé saisit la justice [[tampon-greffe]]fédérale. Son argument : cette surveillance porte atteinte à sa réputation.

Relisez la date. Le 19 décembre. Deux jours avant son arrestation, il attaque la police en justice. Il ne fuit pas. Il ne se cache pas. [emphasis]Il porte plainte.

C'est la respectabilité dont je vous parlais tout à l'heure. Elle ne sert pas seulement à approcher. Elle sert à contre-attaquer.

temps: 2s

registre: worried · nervous

Le second effet de cette surveillance, personne ne l'avait prévu.

Un policier de l'équipe de surveillance est invité à dîner. Invité. Par l'homme qu'il surveille.

[soft tone]Et dans la maison, ce policier perçoit une [[aeration]]odeur. Il la décrit comme celle d'un corps en décomposition.

Sa déclaration sera reproduite par la cour dans la demande du second mandat.

Arrêtez-vous une seconde sur ce qui vient de se passer. Ce n'est pas une empreinte. Ce n'est pas un aveu. Ce n'est pas un témoin. C'est une odeur, perçue par un homme qui dînait. Invité par celui-là même qu'il était chargé de suivre.

registre: determined

Le 21 décembre 1978, un second mandat est délivré. Il autorise la police à fouiller la maison à la recherche du corps de Robert Piest.
sources: C-002

Cette fois, le mandat ne cherche plus un adolescent disparu. Il cherche un corps. Le mot est écrit.
sources: C-002

temps: 2s

Le même jour, la police de Des Plaines commence à creuser. Avec les adjoints du shérif du comté de Cook, à cause de la frontière administrative.

Ils creusent dans le vide sanitaire. L'espace sous le plancher.

Le 21 décembre 1978, John Wayne Gacy est arrêté. Il sera [[obturateur]]inculpé de meurtre le lendemain.
sources: C-013

Et ici, ce dossier fait quelque chose que je veux vous montrer. Parce que c'est plus intéressant que l'arrestation elle-même.
sources: C-013

registre: calm · uncertain

Le communiqué de police donne une heure précise. Douze heures quinze. C'est net. C'est daté. C'est signé.

temps: 1s

Et cette heure n'apparaît nulle part ailleurs.

Pas dans l'arrêt de 1984, qui date le mandat mais pas l'interpellation. Pas dans la dépêche d'agence du lendemain, qui ne donne pas d'horaire. Pas dans la plainte pour meurtre, qui porte l'inculpation mais pas l'heure. Douze sources ouvertes. Une seule porte cette heure.

Alors ce dossier fait ce que presque personne ne fait. Il n'en fait pas un fait établi. La date, oui : l'agence de presse la confirme le lendemain, et elle n'est ni la police ni le tribunal. L'ordre des actes aussi : arrestation d'abord, inculpation ensuite. Mais l'heure reste rangée à part, avec la mention de la seule source qui la porte.
sources: C-013

Ça peut vous paraître un détail insignifiant. Quinze minutes, sur une affaire pareille. C'est exactement l'inverse. C'est la seule différence entre un documentaire et une histoire qu'on se raconte.
sources: C-013

Le 22 décembre, le lieutenant Joseph Kozenczak signe la plainte sous serment. Gacy est présenté au juge Marvin Peters, section de Des Plaines. La mise en liberté sous caution est refusée. L'affaire est renvoyée au 29.

temps: 1s

Le même jour, la police diffuse son communiqué de trois pages. Dix-huit heures passées. Numéroté à la main : R.D. soixante-dix-huit, trente-cinq mille deux cent trois.

Et sous la maison, les premières [[planche-soulevee]]découvertes ont lieu.

registre: uncertain · doubtful

Combien de corps, ce jour-là ?

temps: 2s

[calm]La réponse honnête est : on ne sait pas.

La dépêche écrite le 22 décembre 1978 parle d'au moins cinq jeunes gens. La chronologie publiée seize ans plus tard, par la même agence, en compte trois.
sources: C-014

La même agence. Deux chiffres. Seize ans d'écart. Et aucune source primaire ne donne de décompte jour par jour. L'arrêt de 1984 ne donne que le total final.
sources: C-014

Ce dossier ne tranche pas, et il ne fait pas la moyenne. Il retient ce que les deux disent ensemble : des restes ont été dégagés dès le 22 décembre. En nombre indéterminé ce jour-là.
sources: C-014

temps: 2s

registre: soft tone · empathetic

Les [[pelle-terre-gelee]]fouilles vont durer des jours. Les restes sont dégagés par lots, pas d'un coup. Et il y a une interruption, notée au dossier. Les 24 et 25 décembre.
sources: C-014

Le 30 décembre 1978, une première victime reçoit un nom. John Butkovich. Dix-huit ans. Identifié par comparaison de son dossier dentaire.

[soft tone]Ses dents. En 1978, pour des restes squelettisés, c'est la seule méthode disponible. Il n'y en a pas d'autre. Aucune.

temps: 2s

Retenez cette limite technique. On y revient dans quinze minutes. Elle décide du sort de neuf personnes.

## CTA 2 — MID-ROLL — 29:50 → 30:12

registre: confident · determined

On arrive à la partie que ce dossier documente le mieux, et je veux être franc avec vous. Ce travail-là — ouvrir les pièces, comparer les sources, refuser une date qui ne tient pas — prend des semaines par épisode. Il n'existe que si la chaîne grandit. Abonnez-vous, ça ne coûte rien et ça change tout. Maintenant, les [[volume-referme]]chiffres. Et ils ne sont pas ceux que vous croyez.

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## ACTE III — LE BASCULEMENT — 30:12 → 40:05

registre: calm

Le décompte final, tel que la Cour suprême de l'Illinois l'établit en 1984.

temps: 1s

Vingt-neuf corps dégagés sous la maison et sur le terrain autour. Quatre autres repêchés dans les rivières Des Plaines et Illinois.
sources: C-004

[emphasis]Trente-trois.

temps: 2s [[DROP]]
sources: C-004

Et ce chiffre est solide, pour une raison que je veux vous expliquer. Parce que c'est la plus belle vérification de tout ce dossier.

Une dépêche d'agence de 1994 arrive au même total par un découpage différent. Vingt-sept corps dans le vide sanitaire. Deux ailleurs sur la propriété. Quatre dans la rivière.
sources: C-004

temps: 1s

Vingt-sept plus deux, ça fait vingt-neuf sur la propriété. Le même total, obtenu autrement.
sources: C-004

Deux comptes qui ne peuvent pas être la copie l'un de l'autre. Parce qu'une copie recopie le découpage, pas seulement le résultat. C'est la meilleure corroboration qu'un dossier puisse espérer.

registre: uncertain · doubtful

Maintenant, la question que tout le monde pose. Combien de victimes en tout ?

temps: 2s

Ce dossier répond : on ne sait pas.

Et je vais vous montrer pourquoi c'est la seule réponse possible. Trois chiffres circulent dans les sources ouvertes. Trois.
sources: C-011

L'arrêt de 1984 rapporte un aveu portant sur une trentaine de personnes. Une chronologie date du 3 janvier 1979 un aveu portant sur trente-deux. Le jury, lui, a déclaré coupable de trente-trois meurtres.
sources: C-011

[[craie-tableau]]Trente. Trente-deux. Trente-trois. Aucun de ces chiffres ne permet d'arbitrer les deux autres.
sources: C-011

Et il y a une quatrième voix, plus tard. En avril 1992, un ancien lieutenant déclare qu'il aurait pu en tuer beaucoup plus. Lors de déplacements hors de l'État. Déclaration d'un enquêteur à la retraite. Sans pièce jointe. Sans dossier.
sources: C-011

temps: 2s

Alors ce dossier écrit le mot que les documentaires n'écrivent jamais. [[tampon-encreur]]Invérifiable.
sources: C-011

Et le trente-trois que vous connaissez n'est pas un compte de victimes. C'est un compte judiciaire. Le nombre de chefs pour lesquels un jury a déclaré coupable. Ce n'est pas la même chose. Ça n'a jamais été la même chose.
sources: C-011

registre: soft tone · empathetic

Maintenant, la partie de cette histoire dont on ne parle presque jamais.
sources: C-011

[soft tone]Neuf victimes n'ont jamais été identifiées.

temps: 2s

Neuf personnes sorties de sous une maison, et dont personne n'a pu dire le nom.

En avril 1980, le médecin légiste du comté de Cook, Robert Stein, tente autre chose. Il fait réaliser des reconstitutions faciales. On modèle des visages sur des crânes, et on les montre au public.

[sighing]Personne ne les reconnaît.

temps: 3s

registre: moved · empathetic

Le vendredi 12 juin 1981, ces neuf personnes sont inhumées. Neuf cercueils, numérotés de un à neuf. Portés par des employés des pompes funèbres. Devant des journalistes, et personne d'autre.
sources: C-015

Il existe une photographie de cette cérémonie, prise ce jour-là. On y voit les cercueils en demi-cercle. Les gerbes posées sur chacun. Les porteurs en costume sombre. Les corbillards à l'arrière-plan.
sources: C-015

[soft tone]Et la place vide. L'endroit où se tiennent d'ordinaire les familles.

temps: 3s

Les lieux d'inhumation ont été tenus secrets. Pour une raison qu'il faut dire à voix haute : éviter qu'ils ne deviennent des attractions.
sources: C-015

Sur les stèles, on a fait graver trois mots.
sources: C-015

[whispering]« We [[vent-montee]]remembered. » Nous nous sommes souvenus.

temps: 3s

[empathetic]Ce jour-là, le médecin légiste a lancé un dernier appel aux familles. Il n'a pas eu de réponse.

Et les autres, ceux qui ont un nom, il faut les dire aussi.

John Szyc, dont la bague de lycée a relié deux enquêtes le 13 décembre. Gregory Godzik, dix-sept ans, disparu en 1976. Sa mère, Eugenia Godak, était dans la salle en mars 1980.

temps: 1s

Richard Johnson. Sa sœur, Karie Betlej, a raconté quelque chose en mars 1980. Elle était opposée à la peine de mort avant la disparition de son frère. Elle a changé d'avis en rencontrant les autres familles. Elle les appelait « les victimes vivantes ».

John Mowery, dix-neuf ans. Son frère, Tim Nieder. Il sera à Stateville le jour de l'exécution, tenu à l'écart de la salle.

Leurs proches ont porté ces noms dans la presse, à seize ans d'intervalle. Parce que c'était le seul endroit où ils apparaissaient encore.

temps: 3s

registre: calm · determined

Le procès, maintenant. Il tient en quelques chiffres, et ils sont saisissants.

Un jury de sept hommes et cinq femmes. Une heure cinquante-cinq de délibération pour écarter l'irresponsabilité pénale. Deux heures quinze, le lendemain, pour la peine.

Le 13 mars 1980 : condamné à mort pour douze meurtres. Et à la réclusion à perpétuité réelle pour chacun des autres chefs.
sources: C-005

[emphasis]Douze. Pas trente-trois. Douze.
sources: C-005

temps: 2s

La réponse ne vient pas de l'Illinois. Elle viendra d'une cour fédérale, treize ans plus tard. Ce sont les seuls meurtres dont l'accusation pouvait établir la date. Plus précisément : établir qu'ils étaient postérieurs à la loi capitale de l'Illinois.
sources: C-009

Autrement dit, pour vingt et un meurtres, on ne pouvait pas dater assez précisément. Des corps enterrés depuis des années ne portent pas de date.
sources: C-009

registre: resigned · calm

La date d'exécution est fixée au 2 juin 1980. Le jour même, l'avocat de la défense annonce à la presse que les recours retarderont. Peut-être d'un an ou plus, dit-il.
sources: C-010

temps: 2s

[resigned]Ce sera quatorze ans.
sources: C-010

6 juin 1984 : la Cour suprême de l'Illinois confirme tout. 29 septembre 1988 : le recours post-condamnation est rejeté. 12 avril 1993 : la cour d'appel fédérale du septième circuit rejette l'habeas corpus.
sources: C-010

Le 10 mai 1994, au pénitencier de Stateville, John Wayne Gacy est exécuté. Son décès est constaté à zéro heure [[horloge-institution]]cinquante-huit.

Deux agences de presse concurrentes rapportent la même minute. Zéro heure cinquante-huit. Les deux.
sources: C-006

temps: 1s

Et les deux rapportent autre chose.

[calm]L'exécution a été interrompue par un incident technique. Le deuxième produit injecté s'est figé dans la tubulure. Il a fallu remplacer la tubulure en cours d'exécution.
sources: C-007

C'est cet incident, et non l'exécution, qui fait le titre de la dépêche.
sources: C-007

C'était la deuxième exécution en Illinois depuis le rétablissement de la peine capitale. La deuxième, et elle n'a pas fonctionné correctement.
sources: C-007

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## ÉPILOGUE — CE QUE L'AFFAIRE A CHANGÉ — 40:05 → 44:00

registre: resigned · nostalgic

Il reste à dire ce que cette affaire laisse derrière elle. Et ce n'est pas ce à quoi on s'attend.

La première chose, c'est une limite technique. Neuf personnes sont restées sans nom parce qu'en 1978, on ne savait pas faire. Ce qui a manqué à cette enquête, ce n'était pas l'obstination. C'était un [[negatoscope-bourdon]]outil qui n'existait pas encore.

Les dossiers dentaires supposent qu'on sache déjà qui chercher. Pour un jeune homme parti de chez lui, sans déclaration de disparition, il n'y a rien à comparer.

[resigned]Neuf noms manquants, ce n'est pas un échec de police. C'est une génétique qui n'était pas encore née.

temps: 3s

registre: determined · curious

La seconde chose que laisse cette affaire est plus inattendue. Et c'est une leçon de méthode.

Souvenez-vous de cette chronologie de 1994, publiée le jour de l'exécution. Une pièce commode. Elle date des faits que personne d'autre ne date.

[emphasis]Elle est fausse deux fois.

temps: 2s

Première erreur : le décompte du 22 décembre 1978. Seconde erreur : elle date du 8 juin 1981 l'inhumation des neuf victimes. Or la dépêche écrite sur place les date du vendredi 12 juin. Et le 12 juin 1981 était bien un vendredi.
sources: C-014, C-015

On ne le sait que parce que quelqu'un a ouvert les dépêches d'époque de la même agence. Une source contre elle-même, à seize ans d'écart.
sources: C-014, C-015

Aucune de ces deux erreurs n'est grave en elle-même. Ensemble, elles disent une règle, et cette règle vaut bien au-delà de cette affaire.

[determined]Une synthèse se cite contre ses origines. Jamais à leur place.

temps: 3s

C'est pour ça que ce dossier nomme les dépêches qu'il n'a pas retrouvées. Les 23, 26, 27, 28 et 29 décembre 1978. Elles manquent. Elles sont inscrites au dossier comme une dette.

Et il reste une dernière ligne, la plus petite de toutes. Sur le fac-similé du recueil relié de 1984, il y a une mention. « Rehearing denied September 28, 1984. » Réexamen refusé.

Cette ligne n'existe pas dans la version numérique du même arrêt. Elle n'a été trouvée que parce que quelqu'un a ouvert l'image de la page. Au lieu de se contenter de la transcription.

C'est une toute petite chose. [soft tone]C'est aussi, exactement, la différence entre savoir et croire savoir.

## OUTRO + CTA FINAL — 44:00 → 45:00

registre: nostalgic · soft tone

On avait commencé cet épisode avec vous, à vingt ans, cherchant du travail. Tout ce que vous pouviez vérifier sur cet homme était vrai. Et la seule chose qui comptait dormait dans un tribunal de l'Iowa, hors de votre portée.

[soft tone]C'est ça, cette [[sangle-dossier]]affaire. Pas un monstre. Un homme que le système avait déjà jugé. Et dont personne autour de lui ne pouvait le savoir.

registre: confident · determined

La prochaine fois, on reste sur ce point exact. Une affaire où la police savait, où c'était écrit, et où la loi de l'État interdisait de le dire. C'est l'affaire BTK, à Wichita, et c'est l'épisode qui apparaît à l'écran.

Si vous êtes arrivé jusqu'ici, abonnez-vous. C'est tout ce qu'on demande. À très vite.

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